L’interstice IV

Je suis née à Marseille d’un père français et d’une mère ayant vécu l’exil en Italie puis en France quand elle était enfant, après avoir fui la dictature au Brésil et en Argentine. Ce projet est né de questionnements en lien avec mon propre vécu. Il témoigne de l’inscription de l’histoire familiale dans une histoire collective et de la réappropriation possible  d’une identité familiale et culturelle très forte. Pour ma part, malgré quelques voyages au Brésil et en Argentine dans mon enfance, je ne connais la culture de ces pays que par l’intermédiaire de ma famille qui y a vécu. Je me sens donc liée sentimentalement à cette culture d’une part et, d’autre part, je m’y sens étrangère.

En grandissant, mon rapport à cet héritage à changé : je m’y identifie d’une manière qui m’est totalement singulière, par le biais de diverses interprétations, de réécritures et de réappropriations. En somme, je me sens comme dans un interstice, une faille qui m’est propre, une culture inventée située entre mon propre vécu et celui de ma famille. Ce constat, mêlé au fait d’avoir grandi à Marseille entourée d’ami.e.s dont les parents étaient issus de l’immigration, a motivé mon envie de questionner les réécritures qu’opèrent des individus face à leur héritage familial. Ainsi, dans ce projet, j’ai choisi  de rendre hommage à des personnes avec lesquelles j’ai grandi, partageant un même territoire, des souvenirs communs et un lien fort à la Méditerranée.

Afin de prendre en compte le récit et les désirs des participant.e.s dans la représentation et d’éviter toute forme de domination ou de contrainte sur des questions aussi singulières et sensibles,  nous avons instauré une collaboration. En ce sens, j’ai conçu comme point de départ, une grille de questions ouvertes et pouvant faire référence à la fois au réel et à l’imaginaire :

Quelles sont les choses principales qui constituent ton monde ?

Qu’est ce qui t’a été transmis ?

Qu’est ce que tu as gardé ?

Qu’est ce que tu as transformé ?

De quel(s) paysage(s) as-tu hérité ?

A quel(s) paysage(s) te sens-tu connecté ?

Quelle est ta relation à l’invisible ?

Ensuite, j’ai demandé aux participant.e.s de traiter librement ces questions par écrit, dans le but de créer un protocole souple qui leur permette de s’exprimer au sein d’un cadre défini. En effet, les séries d’images ont été pensées à partir des univers issus des textes et de conversations comme des terrains d’expérimentations. Elles font figures de compositions entre réel et imaginaire par le biais de mises en scènes et de montages, mêlant photographies prises par moi, archives et objets personnels des protagonistes, scans de matériaux récoltés.

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